Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité

En marge du sommet de 2007, organisé à Montebello,  Serge Cardin était invité le 19 août 2007 à participer au Forum public sur le Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité.

Voici son allocution:


Je tiens d’abord à vous remercier de m’offrir l’occasion de m’adresser à vous sur un thème d’une aussi grande importance que  le Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité.  C’est important, mais surtout, c’est vaste : 110 initiatives chapeautées par 19 tables de travail dans une foule de domaines. 

Nous en entendons beaucoup parler mais dans les faits, nous n’en savons que trop peu  sur le sujet… c’est bien ça le problème! 

Que le Canada parle à ses voisins et à ses partenaires commerciaux, on ne peut que s’en réjouir; le contraire serait d’ailleurs désastreux. 

En fait, au risque de vous déplaire, je vous dirai même que certaines des initiatives du Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité sont pleinement justifiées.  Je vous donne un exemple simple : les investissements dans les postes-frontière.  Le nombre de touristes augmente, le transport des marchandises aussi.  Or, les frontières sont désuètes et les files d’attente n’en finissent plus.  Le gouvernement a un mandat pour faire ces travaux-là.  Le budget est voté.  Mais à quoi ça servirait d’agrandir une douane si le touriste arrive sur un chemin de gravelle de l’autre côté?  C’est bien évident que c’est le genre de chose qu’il faut coordonner avec nos voisins.

Cependant, que ces discussions se tiennent derrière des portes closes et portent sur des questions de politiques intérieures alors même que le gouvernement n’en a jamais discuté au préalable avec les Québécois et les Canadiens, ça c’est un véritable problème.   Et le fait qu’elles incluent même des sujets qui relèvent de la juridiction des provinces, autant dire des domaines où Ottawa n’y connaît rien, alors c’est à n’y rien comprendre. 

Le Bloc Québécois comprend et partage les inquiétudes que vous soulevez.

Il est facile dans les circonstances de faire porter l’odieux aux seuls conservateurs, mais souvenons-nous que ce sont en fait les libéraux, sous Paul Martin pour ne pas le nommer, qui ont ouvert toutes grandes les portes aux sujets discutés en établissant l’ordre du jour pour le Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité. 

Cependant, c’est la venue des conservateurs avec leur peur maladive face à la transparence qui est véritablement la cause du problème actuel.   On peut donc dire que ce sont les libéraux qui ont acheté la voiture, une grosse cylindrée américaine,  mais que ce sont les conservateurs qui sont au volant, le pied collé sur l’accélérateur, et qui ignorent les passants qui leur indiquent  tant bien que mal les obstacles sur la route.  Comment ne pas prévoir un accident imminent dans de telles circonstances?

Jusqu'à présent, les objectifs du Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité n’ont toujours pas été clairement énoncés.  Comme le dit le dit le veille adage : « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Il semble bien que l’absence d’information rendue disponible par les conservateurs pour parler du Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité est symptomatique du manque de vision de ce gouvernement minoritaire.

En effet, les pratiques actuelles mettent les Québécois et les Canadiens devant les faits accomplis.  C’est à dire que les négociations bilatérales ou trilatérales sont terminées sans même que les principaux intéressés aient pu participer au processus.  C’est non seulement complètement antidémocratique, mais comment un gouvernement peut-il s’engager dans quelconque voie avec des partenaires étrangers si celle-ci n’a pas préalablement été approuvée par ses propres concitoyens?  Il est impératif de discuter de ces enjeux fondamentaux ici, en incluant tant la société civile que les parlementaires--représentants élus par le peuple--avant d’aller négocier avec les autres.  C’est simplement du gros bon sens comme disait mon grand-père!

Tout aussi fondamental que la démocratisation du processus est l’établissement de balises quant aux initiatives à discuter avec nos voisins. 

- Sommes-nous prêts à réduire nos normes environnementales au nom d’une harmonisation qui simplifierait les échanges commerciaux? Demandez ce que les producteurs de framboises du Québec en pensent justement.  Le marché a, cet été encore, été inondé de framboises de Californie bourrées de pesticides plus nocives pour la santé les unes que les autres.  Évidemment, ces fruits produits en masse sont en plus vendus moins chers que les fruits d’ici!  Quand on est rendu à accepter des fruits aspergés avec des pesticides qui sont interdits ici, il y a un problème non?  Veut-on vraiment revenir en arrière et niveler nos normes par le bas, pour accepter la cochonnerie américaine? Pas sûr.

- Sommes-nous prêts à discuter de l’exportation de l’eau en vrac pour faire plaisir à nos voisins… nous l’avons fait pour le pétrole, contrairement au Mexique qui a su, lui, exclure ses hydrocarbures de l’ALÉNA. 

- Sommes-nous vraiment prêts à partager davantage les renseignements personnels des citoyens canadiens avec les États-Unis, et dans quel objectif?  Pour qu’ils aillent se faire torturer en Syrie? 

En passant, au Québec on s’est déjà  fait dire « Nous sommes prêts », et nous avons vu où ça nous a menés!   Je souhaite que le Canada ait aussi appris de cette expérience!

Il est donc essentiel d’établir des balises pour les négociations auxquelles le Canada prend part puisque certains enjeux, tant pour les Québécois que les Canadiens, ne sont pas négociables, tout simplement!

En juin dernier,  les partis d’opposition à la Chambre des communes ont tous approuvé une motion déposée par le Bloc Québécois exigeant des pourparlers avec nos partenaires commerciaux afin qu’on ne soit en aucune façon forcés d’exporter notre eau en vrac, selon le bon désir de nos voisins.  En d’autres mots, que l’eau soit expressément exclue de  l’ALENA. 

Que les conservateurs aient voté contre une telle motion demeure encore totalement inexplicable.  Cependant, il s’agit du seul véritable mandat que le Parlement canadien a donné à son gouvernement pour entamer des pourparlers avec ses homologues des États-Unis et du Mexique. 

Je souhaite d’ailleurs profiter de l’occasion pour interpeller le premier ministre Harper pour lui demander s’il prévoit se soumettre aux volontés démocratiques exprimées à la Chambre des communes pour effectivement entreprendre des négociations avec Messieurs Bush et Calderón afin d’exclure expressément l’eau de la portée de l’ALÉNA.  Il en a reçu le mandat  clair de la part du Parlement.  Sera-t-il en mesure de remplir ses obligations?  En a-t-il même l’intention?  Compte tenu de l’attitude des conservateurs jusqu’ici, vous comprendrez que j’en doute.

D’ailleurs, parlant de l’attitude des conservateurs, si vous me le permettez, j’aimerais vous faire part d’un exemple très concret qui démontre l’attitude de ces derniers face au Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité. 

Le comité permanent du commerce international a tenu, à la demande des membres du comité mais au grand désarroi des conservateurs présents, des séances spécifiquement dédiées à ce sujet.  Comme plusieurs d’entre vous le savez, les conservateurs ont tout fait en leur pouvoir pour non seulement mettre fin à ces consultations, mais ont, à de nombreuses reprises, manqué de respect envers les témoins de la société civile qui nous honoraient de leur présence.  

Je n’avais d’ailleurs jamais été aussi gêné d’être un parlementaire que lors d’une de ces réunions.  Un manque flagrant de savoir- vivre, tout simplement.  On s’est tous fait dire par notre mère de ne pas couper la parole aux gens, surtout à un invité.  Il semble que lors de ces séances, certains conservateurs ont oublié l’éducation que leur avait donnée leur mère.  Une véritable honte, croyez-moi!  Le témoignage de ces experts a toutefois été entendu et s’est avéré des plus éclairants.   Je vous invite d’ailleurs à les lire puisque ceux-ci sont maintenant disponibles sur le site internet du comité.

Finalement, le Bloc Québécois s’interroge sur ces discussions portant sur plus d’une centaine d’initiatives traitant, pour près du tiers, d’enjeux qui sont de juridictions autres que fédérale.  Encore une fois, que les différents intervenants se parlent, se consultent, il n’y a pas de problème, c’est même souhaitable.  Mais si on parle de santé, comment de telles discutions, ou négociations pourraient exclure les principaux intéressés au Canada, soit les provinces?  C’est d’une totale incohérence… à l’image des conservateurs. 

Nous savons, par exemple, que les épidémies ou pandémies ne respectent que très rarement les frontières.  Une coordination des plans de contingence pour faire face aux crises, souvenons-nous du SRAS par exemple, pourrait être intéressante, mais sans consulter les provinces?  Comment ces pourparlers peuvent avoir quelconque validité?  Ottawa veut-il ouvrir des hôpitaux juste pour le PSP?  Ridicule, tout simplement ridicule!

En terminant, je réitère que le Bloc Québécois perçoit positivement que les États se parlent, négocient, travaillent ensemble tout en préservant leur souveraineté.  Cependant, le tout doit se faire en incluant les intervenants affectés par les négociations, en l’occurrence, la société civile et les parlementaires.  De plus, n’oublions pas qu’il est primordial que des balises soient établies afin de délimiter les pouvoirs de négociation des représentants de l’état! 

Car, et c’est surtout là qu’il y a lieu de se poser des questions,  la majorité des projets dont on discute actuellement ne relève même pas des relations internationales.   Le taux de pesticide sur notre nourriture, le niveau d’exploitation pétrolière, la construction d’un pipeline ou l’achat de vaccins pour faire face à une épidémie de grippe, ce sont des questions de politique intérieure.  Ce n’est pas avec George Bush que Stephen Harper doit en discuter d’abord.  C’est ici, avec les gens d’ici.  Des gens comme vous, éveilleurs de conscience, ou des gens comme moi, représentants du peuple.  Après, mais seulement après, fort d’un mandat, il sera temps d’aller négocier.  Je comprends que Stephen Harper s’entende mieux avec George Bush qu’avec la Chambre des communes, mais tant pis.  Ce n’est pas une raison pour passer outre la démocratie!

La déportation de citoyens, des pesticides dans mon assiette, une grosse cylindrée hors de contrôle, en d’autres mots, le Partenariat sur la Sécurité et la Prospérité à la manière conservatrice : non merci!